Récit de la course : SaintéLyon 2019, par JulioK1

L'auteur : JulioK1

La course : SaintéLyon

Date : 30/11/2019

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 997 vues

Distance : 76km

Matos : Petzl MYO
INOV 8
Équipement Kalenji bas de gamme
Kamelback avec 1L de flotte

Objectif : Terminer

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SaintéLyon 2019 - Toujours plus de boue

Premier récit de course pour moi, mais là je dirais que ça s'impose...

 

Ce fut ma 2ème édition. J'avais fait celle de l'an dernier après m'être mis à courir 11 mois plus tôt, avec mon frère. Nous nous étions réinscrit tous les 2 pour cette 66ème édition dès le mois d'avril 2019. Mais entre temps, il a trouvé le moyen de mettre sa copine enceinte et le petit devrait arriver là, maintenant, un peu n'importe quand... Au mois de septembre, mon frère revend donc son dossard. Je me suis posé quelques temps la question de revendre le mien également, l'idée étant à la base une course tous les 2, mais je m'étais préparé sérieusement pendant des mois, alors j'ai décidé de garder mon dossard.

 

A quelques jours de la course je prends un sérieux coup au moral en voyant qu'une météo toute pourrie se confirme et vraiment pil-poil au moment de la course. Les vieux souvenirs de la boue de l'an dernier reviennent et je me démoralise de plus en plus de faire cette aventure tout seul. La perspective pour moi est de sortir de mon plumard à 6h30 du matin à Nantes, de prendre mon vol à 8h30, d'atterrir à 10h05 à Lyon et ensuite....... néant. L'idée de faire tout ça tout seul me démoralise complètement, arriver là bas sans connaître personne, rester tout seul toute la journée, prendre la navette, me pointer St Etienne sans personne à qui parler, poireauter ces longues heures sur la ligne de départ tout seul, etc etc... Bref, j'arrive à Lyon sans savoir ce que je fous là et avec le moral déjà bien entamé.

 

A partir de 17h je me motive à aller chercher mon dossard, faire très brièvement le tour des stands - imposé de toute façon pour aller récupérer les dossards - et prendre mon ticket pour la navette. A 18h30 je monte dans la navette et me voilà parti pour St Etienne, arrivé là bas on passe la sécu, la fouille et tout le tintouin, et je me mets à la recherche du Flore, étant inscrit pour l'AAB. Je comprends vite qu'il faut que je ressorte et qu'une fois que je voudrai rejoindre la ligne je devrai tout me refarcir pour re-rentrer (en fait j'ai dégondé une barrière pour y aller, ça m'aurait trop gavé).

 

J'arrive au Flore et je découvre donc les trombines des membres Kikourou. Mais aucune idée des pseudos qui vont avec alors je cherche du regard. Je m'installe à une table avec Tof01 et sa chérie et nous passons un agréable moment (vraiment déçu de lire votre abandon à tous les 2 après la course en attendant mon vol de retour, mais oubliez, cette année si par malheur tu chopais froid c'etait foutu. En tout cas vous avez fait un super chrono jusque là bas. Elle cavale ta Dame, punaise... Surpris).

"JulioK1 ! Ah c'est toi ! Le gars qui a fait l'an dernier avec des Saucony de running et qui a choppé un TFL c'est ça ?"

"Ouai c'est ça ^^"

Je discute avec quelques autres personnes, je n'ai pas retenu tous les pseudo... Mathias je m'en souviens, les autres j'ai déjà oublié. Qui c'est qui m'a vendu une adhésion, un buff et une serviette offerte par un malicieux procédé de démarchage commercial abusif ? Incertain ^^

Je comprends vite en donnant mon pseudo que je fais un peu marrer tout le monde avec mes questions sur le forum et ma naïveté de tout jeune runner/trailer débutant. Qu'importe, c'est un rôle qui me sied. Et j'avais déjà plus ou moins cerné.

Je m'équipe et je suis confronté à mon premier dilemme : Mes Saucony de running que je connais bien et dont je connais surtout le comportement sur des longues distances ou mes Inov de trail, bien plus adaptées à ce que nous nous préparons à courir, mais que je n'ai jamais portées sur plus de 15km et dont je ne connais donc pas la capacité à me créer des ampoules sur des longues distances...

Après mure réflexion, il faut trancher, je décide d'enfiler les Inov. Choix payant mais je ne le sais pas encore. C'est une décision qui m'a vraiment fait stresser.

Deuxième dilemme : l'an dernier j'avais rempli 3L de flotte en partant (2x 500ml sur les bretelles du Camelback et une poche de 2L dans le dos avec la paille), résultat je suis arrivé 81km plus loins sans jamais avoir mordu la paille. Comme dit Mathias "ouai t'as offert une balade à tes 2L d'eau quoi...". Je décide donc de ne prendre que les 2 flasques de 500ml mais ça me fait très peur. Peur de manquer d'eau... notez l'ironie...

Cette année mon objectif sera d'arriver avant midi, c'est tout.

Je pars du Flore tôt pour essayer de me placer dans les premières vagues (l'expérience de la dernière vague de l'an dernier, avec 5000 coureurs qui avaient labouré les chemins avant mon passage, m'avait vaccinée), je dégonde donc une barrière de chantier pour ne pas me retaper tout le circuit et surtout parce que j'étais complètement paumé, et je me place sur la ligne un peu avant les 22h. Je comprends direct que je ne partirai pas dans la première vague mais peut-être dans la 2eme avec un peu de chance. On patiente... Chaque année je trouve que le speeker est bon et met bien l'ambiance. Mais voilà, je suis tout seul depuis le matin, ça commence à me peser, et la perspective de partir pour 12h minimum à courir dans le froid, la boue et la pluie tout seul m'entament encore plus à ce moment là.

Je poireaute là bas comme tout le monde et je trouve un compagnon de conversation : Nordine, un mec qui vient de Paris et qui est là pour la 3ème fois, déjà fait celle de l'an dernier aussi et qui accompagne son frère et des amis à lui. On partage longuement notre expérience de l'an dernier et le feeling passe bien. Nordine a été important pour moi parce qu'il m'a fait oublier quelques dizaines de minutes que j'étais là tout seul et que personne n'allait m'attendre à l'arrivée...

 

Ah ça y est, c'est à nous de partir !!

On part bien évidemment beaucoup trop vite, je suis Nordine et le troupeau, que je finis par lacher au bout de 1-2km. J'suis pas une gazelle de la savane moi, quand j'ai 76km à peigner je tiens pas le 5:00/km. Et je retrouve Nordine quelques km plus loin qui avait du certainement s'arrêter pour refaire ses lacets ou un truc du genre.

Il reprend donc la course et on recommence à discuter tous les 2. Les premières montées arrivent et là je me rends bien compte que Nordine est bien plus entraîné que moi donc je le laisse filer, et là je m'aperçois qu'il s'arrête régulièrement en haut des côtes en me cherchant du regard. Nordine avait décidé de me prendre sous son aile et de faire du remorquage de traînard. Il a été super cool, m'a imposé des relances et filé des conseils pour éviter de trop me cramer et tout. Mais je vois bien que je le ralentis, beaucoup. Alors plusieurs fois je lui dis "Mec c'est super sympa mais je vois bien qu'on n'a pas le même rythme du tout et que je vais te flinguer ton chrono si tu m'attends tout le temps alors tkt on se verra à l'arrivée, mais rattrape ton frère, si tu m'attends tu vas te faire chier et tu vas avoir froid". Mais il me répond "T'inquièèèèète negro, tranquille, je cours pas après le chono, prends ton temps".

Bon arrive un moment où j'ai vraiment été trop lent pour lui et où en insistant vraiment il a accepté de poursuivre sa lancée et de rattraper son groupe. On convient donc qu'on essaiera de se revoir à l'arrivée et qu'on se lâche. Je le regarde donc partir au loin jusqu'à le confondre avec tous les autres coureurs.

Entre temps la pluie avait déjà commencé à tomber, et les premières difficultés sont apparues et notamment avec les godasses : j'ai un orteil qui frotte au bout à gauche et qui vraisemblablement va faire ça toute la course, et l'amorti des chaussures est quasi inexistant. Les crampons sont terribles pour l'accroche mais l'amorti est quasi nul tellement les semelles sont fines, au point que chaque pierre sur laquelle je marche, j'ai l'impression de la prendre directement sur les os du pied. 76km ? ça va être loooong...

Mais à peine le temps de lister ces débuts de pépins, j'arrive à St Christo. Moins de monde que l'an dernier quand j'étais parti dans la dernière vague, je chope donc un verre de coca, refais le plein de mes gourdes, envoi le texto "Premier ravito" sur la conversation "Famille" et je repars. Arrêt environ de 7-8 min mais je repars transi de froid. C'est à ce moment là que je me suis aperçu que j'étais trempé jusqu'aux os, je ne l'avais pas senti tant que je courrais.

Je force la reprise soutenue parce que je sais que c'est le seul moyen de se réchauffer. Je mets bien 10 min pour revenir en température et ne plus avoir les doigts tout gelés (je cours sans gants, comme l'an dernier) et je comprends vite que ça va se jouer comme ça à tous les ravito. Et là on commence à rentrer vraiment dedans avec les premiers chemins vraiment très très boueux et quelques montées qui m'ont fait mal. Je suis pas non plus un isar des montagnes moi, j'habite à La Rochelle, le dénivelé ici n'existe pas, nous on a juste la mer qui se barre et qui revient 2 fois par jour, c'est tout. Les sentiers de randonné, les chemins rocailleux et les montées boueuses ici c'est à la télé qu'on les voit. Et là j'ai le mental qui commence à vasciller un peu... tout ce que j'ai expliqué plus haut sur le fait d'avoir planifié et mis sur pied toute cette aventure tout seul me pèse et les perpectives météo et le nombre de km encore à faire me gavent d'avance. J'ai des pensées qui très vite s'installent et vont durer toute la course : "Bon en même temps, t'as fini l'an dernier les 81km... la famille ne va pas te déshériter si tu abandonnes au prochain ravito..."

Bon et je continue à courir tout en déprimant de plus en plus avec la pluie qui tombe de plus en plus fort et la boue de plus en plus problématique... Je me force à relancer tout le temps et à ne jamais faire de marche ailleurs que là où ça monte trop, je cours sur tout ce que je peux courir pour rester en température.

Quelques déscentes bien casse-gueule, je tombe une première fois il me semble à un endroit où on ne voyait rien à cause du brouillard. Oui certains endroits le brouillard empêchait vraiment de voir rien que ses propres pompes situées 1.80m sous la frontale... C'est balèze quand même. J'en étais même à faire gaffe de souffler de travers pour ne pas avoir ma propre condensation qui venait passer devant le faisceau de la frontale sinon j'avais du mal à distinguer le sol. Je continue à courir en me disant qu'entre 2 ravito de toute façon y a rien à faire et à un moment j'aperçois en contrebas du chemin des tentes blanches. Je demande au gars à côté de moi : "c'est pas le ravito de St Catherine quand même là bas ?". Le mec me répond "si si on y est là".

OOOOOOHHH !! Le choc !! On y était déjà !! Je sais pas si c'est de ruminer ma démotivation dans ma tête ou quoi mais j'ai pas vu passer les km entre les 2 et j'aurais pas cru que j'étais déjà à St Catherine.

J'y arrive et je me déconcentre pas, je refais le niveau de mes gourdes qui se retrouvent avec un mélange de volvic, d'eau du robinet, et de St Yorre. Ben c'est dégueulasse. 1 verre ou 2 de coca, 2 pates de fruit, 1 morceau de chocolat, je me force à prendre quelques trucs à bouffer. Pas faim mais j'attends justement pas que ça arrive. Petit texto "second ravito" à la famille et je repars très vite après 5-6min d'arrêt mais encore une fois congelé et il me faudra forcer le rythme encore une fois pendant un bon quart d'heure pour me réchauffer.

Je reprends un coup au moral en m'apercevant que je n'ai pas encore fait la moitier du chemin et que le prochain ravito confortable se situe dans presque 25km de boue. Je ne compte pas St Genou, trop de monde, pas moyen de s'abriter, je ne compte même pas m'y arrêter. Ca commence à me paraître long et je réenvisage l'abandon, toujours les mêmes pensées qui reviennent, la motivation qui chute et j'ai bien du mal à trouver des raisons de continuer. Il pleut des cordes, on glisse dans la boue, on voit rien, mes pieds me font très mal à cause de cet amorti pourri, je commence vraiment à souffrir. Je ne prend aucun plaisir à cette course et en plus - ça ne m'était jamais arrivé - je chope un hoquet que je n'ai pas réussi à faire cesser pendant plus de 1h30 !!!! j'avais dû manger mes trucs trop vite au ravito je sais pas, ça m'a gonflé de courir avec ça, hyperventiler en plein effort avec le hoquet c'est super gavant...

Un peu plus tard je shoot dans une pierre en courant, en plein sur le gros orteil déjà très douloureux qui frotte depuis le début, je l'ai expédié à 7 ou 8m devant en suivant d'un hurlement en m'arrêtant sur le côté du chemin. J'ai cru qu'il m'avait pété l'orteil ce p*tain de silex.

Pour autant, je continue à un rythme pas trop déconnant surtout comparé à l'an passé. Je reçois quelques SMS d'amis sur ma montre pendant la nuit qui me donnent un petit coup de mieux à chaque fois, mais j'ai bien du mal à rester motivé.

Je quasi-tombe plusieurs fois entre St catherine et St Genou par manque d'anticipation et une concentration qui commence à baisser, surement le contre-coup d'être debout depuis presque 24h. J'attends de voir le ravito de St Genou avec impatience alors que je sais pertinament que je ne compte pas m'y arrêter (inconsciemment je dois quand même espérer un miracle du genre "Aaaah trop cool cette année ils ont mis des grandes tentes et on peut s'arrêter quelques minutes pour manger", mais non de toute façon la configuration des lieux ne le permet pas), et je tombe dessus sans l'avoir vu venir. J'y suis arrivé alors que je ne m'y attendais pas. En même temps j'avais rien regardé du profil ni du tracé alors je faisais tout de mémoire mais je ne savais absolument plus à quel kilométrage exact les ravito se situaient. Donc comme je m'y attendais, tout le monde est amassé devant les tables sous la pluie et pas moyen de s'abriter ni de piocher une pate de fruit. Je m'accroupie juste contre une banderolle accrochée à une barrière et qui pendouillait pour mettre mon téléphone en dessous et pouvoir envoyer le sms "3ème ravito" à la famille sans risquer d'inonder mon OnePlus, et je repars direct sans même recharger mes flasques. Un arrêt de même pas 2 min et je repars encore une fois en grelottant. C'est dingue à quelle vitesse tu te refroidis quand tu es trempé des pieds à la tête... Je continue à courir et je surveille le kilométrage parce que j'ai très peur que mon TFL de l'an passé, contracté vers le 50ème km, ne reprenne à un moment.

Je repars donc à la conquête du premier ravito que j'attends vraiment et que je vais vraiment apprécier à savoir Soucieu. Ma chérie se réveille dans la nuit pour regarder mon classement et elle me l'envoie. Là ça m'a donné un regain de combativité. Quand j'ai vu la différence avec l'an passé j'ai eu un gros mieux au niveau mental et je me suis rendu compte qu'au moment où je lis ça, il fait encore nuit noire, il n'est même pas 5h30 du matin, alors que l'an dernier à cet endroit le jour s'était déjà levé pour moi. Malgré les douleurs qui se font de plus en plus paralysantes et la fatigue qui s'accumule, je continue à relancer tout le temps et à courir du mieux que je peux. C'est à partir de là en revanche que la boue c'est devenu n'importe quoi je trouve. Certains endroits c'était des torrents de boue qui dévalaient les montées qu'on devait s'enquiller, d'autres endroits c'était des marres de boue de 15cm de profondeur que tu ne pouvais pas éviter, des descentes impraticables où ça tenait plus du bobsleigh que de la course à pied, bref le terrain devient très compliqué et je me résigne à une évidence : cette édition, aussi improbable que ça puisse être, est PIRE que celle de l'an dernier. Incroyable. Il faut le voir pour le croire.

Je continue à patoger là dedans tant bien que mal en continuant à me demander ce que je fous là, surtout qu'il n'y a personne pour m'accueillir à l'arrivée... les mauvaises pensées refont surface régulièrement, et sur les coups de 7h je sens venir le ravito de Soucieu. Et ça sent bon. Il fait toujours nuit alors que l'an passé j'y arrivais à quasiment 10h30. L'idée de faire beaucoup mieux que l'an dernier me regonfle encore un peu. Premier ravito vraiment appréciable et j'ai faim. Je prends tout ce qu'il y a : du coca, du fromage, du saucisson, du pain, des biscuits, des pates de fruits, etc... je m'en fais un plein ventre, je me mets en recherche d'une chaise pour poser mon cul 2 min, ranger quelques trucs dans mon sac et envoyer le sms "4eme ravito" à la famille. Je râle un peu intérieurement sur les coureurs que je vois assistés de toute leur famille qui leur apporte un change complet et sec pour la 4ème fois de la course, déjà parce que je trouve que pouvoir repartir sec 5 fois en tout dans la course ça change absolument tout et que du coup on fait pas la même course que ces gens là, et ensuite parce que ça draîne parfois 10 ou 12 personnes accompagnatrices qui rajoutent du monde aux tables de ravito (certains envoient la cousine charcher un verre de coca pendant que la belle-mère va remplir les gourdes, le frangin va chercher du salé, le papa va chercher du sucré et la chérie va chercher de la soupe) et qu'en plus de ça, certains se permettent de squatter les quelques chaises et bancs pour attendre leur poulain. Je ne fais pas partie des coureurs qui ont été obligés de négocier une place assise à un accompagnateur mais j'ai lu ici-même que certains y ont été contraints. Bref c'était un constat épisodique qui n'a pas donné lieu à plus de rancoeur que ça, j'avais autre chose à penser à ce moment là. Mais quand même.

Arrêt un peu plus long, 10min je dirais, et je repars, encore une fois en grelottant.

Le jour commence à se lever quelques 10aines de minutes plus tard, et il ne reste qu'une 20aine de km à parcourir et je n'envisage plus trop l'abandon même si je suis excédé par la pluie et la boue et que je ne prends toujours aucun plaisir à courir d'autant que les douleurs commencent vraiment à se faire insupportables. Toutes les pierres sur lesquelles j'ai couru m'ont laissé une trace sous les pieds, j'ai une pioche enfoncée de chaque côté de la hanche, et les chevilles en miette.

Quelques km plus loin en bas d'une descentes aussi glissante qu'une savonette, on arrive à une passerelle qui passe au dessus d'un cours d'eau en crue. Juste avant la passerelle j'ai perdu un appui et je me suis élaté te tout mon long dans une marre de Smecta bien liquide... putain qu'elle était belle cette gamelle. Mais elle m'a bien emmerdée parce que j'en suis ressorti trempé avec de la boue PARTOUT, y compris sur la gueule, et un gros coup de froid. Je passe la passerelle, on entame des montées avec des torrents de boue, je commence à en avoir vraiment marre mais je me dis que c'est bientot la fin et que le ravito de Chaponost entre 2 va faire du bien aussi. Toujours pas de TFL à l'horizon ça me rassure, en revanche de grosses crampes se font sentir depuis quelques km déjà et elles vont durer toute la fin de course.

J'arrive donc à Chaponost et j'attends le ravito avec impatience. Le rythme baisse avec les douleurs et la fatigue et je commence à avoir de plus en plus de mal à garder ma température acceptable. Mais je me force à courir et relancer à chaque fois, aussi parce que pour l'instant je suis dans mon objectif de chrono...

On en parle de cette piscine de boue juste avant le ravito de Chaponost... ? le déliiiiiiiire !!! j'avais de l'eau jusqu'en haut des mollets !!! Et on repart avec les godasses trempées et les jambes congelées pour arriver au ravito de Chaponost.

Même constat que les autres fois sur les coureurs qui vont repartir dans des fringues sèches... Ptet je suis un peu jaloux je sais pas, y a peut-être de ça... bref. Arrêt de 10min à peine, sms "dernier ravito" à la famille et je repars en grelottant mais en me disant que dans 2h environ c'est fini. Encore quelques difficultés et pas mal de boue, mais il pleut moins fort, c'est toujours ça de pris... on en était là...

La fin me paraît interminable comme l'an dernier mais je me souviens du parcours donc je ne suis pas surpris. Arrivé sur le bitume, je garde à l'esprit qu'il y a encore la grande montée avant le terrain d'accrobranche, que je passe à mon rythme. Là je commence vraiment à souffrir de mes douleurs aux jambes et partout ailleurs, mais je relance, à chaque fois, encore et encore, et je me force à garder un rythme de course, petit mais de course quand même. J'en ai vraiment marre et j'ai hate de passer l'arche. Ca fait des heures que rêve de la douche chaude en arrivant en me promettant d'y passer un temps fou, mais vraiment, j'aurais payé cher pour l'avoir celle là si elle n'avait pas été prévue par l'orga. On arrive aux marches avant les quais, c'est une torture je les descends en agrippant la rambarde. Je relance encore sur les quais, puis sur le pont. Sur le pont je croise un type habillé en kikourou avec un appareil photo, je lui crie mon pseudo, lui aussi ça le fait marrer, et sympa il m'accompagne en trottinant jusqu'à presque l'arrivée (c'était bien Mazouth je ne me trompe pas... ?).

 

Je passe l'Arche à 11h22, ce qui me fait 11h41min de course. Objectif atteint. J'ai les larmes qui montent instantanément, le speeker se pointe devant moi et dit au micro "NON TU PLEURES PAS ! TU RESTES FIER DE TOI ET TU NE PLEURES PAS". Les larmes ne sont pas sorties mais j'en avais gros sur la patate.

 

En conclusion je dirais que je pense être assez malchanceux de n'avoir fait que ces 2 dernières éditions parce qu'il a quand même du y avoir des éditions plus sympa où il y a moyen d'apprécier ta course et d'y prendre du plaisir. Là je ne le cache pas : je n'y ai pris aucun plaisir. J'ai souffert et c'est tout. J'ai souffert de la météo, du froid, d'être là tout seul, des douleurs,... Je n'ai pas aimé ma course, à aucun moment. Je ne dis pas que je regrette de l'avoir faite et d'être allé au bout, juste que je n'y ai vraiment pris aucun plaisir, et traîner mon derch et mes 83kg jusqu'à l'arche d'arrivée je le dois entièrement à mon orgueil.

Le bilan physique après avoir passé la ligne : J'ai les talons et le dessous des pieds en entier bien flingués, super douloureux, les chevilles très douloureuses aussi, les hanches bloquées, les cuisses et mollets tétanisés, seuls les genoux vont assez bien curieusement, alors que l'an dernier ça avait été la plus grosse blessure. Je le dois surement au renforcement spécifique de la préparation pour cette course. Et j'ai plus de peau sur les couilles et la raie du cul à vif aussi. Je sais pas ce qu'il s'est passé avec mon caleçon mais je serais parti avec une feuille de papier de verre à l'entrejambe, c'était pareil...

 

L'an prochain je passe mon tour sur la SaintéLyon parce qu'un ami veut faire son premier marathon et nous feront celui de La Rochelle, 1 semaine avant seulement, donc combo impossible pour moi.

Déçu de ne pas avoir retrouvé Nordine à l'arrivée, mais il a passé l'arche 1h avant moi finalement...

 

Les points positifs sont que j'ai amélioré mon temps de beaucoup, que j'ai rempli mon modeste objectif de chrono, et que je n'ai pas eu de TFL, ce qui m'avait coûté de longs mois de souffrance l'an passé.

Cette course a vraiment été une aventure pour moi, un vrai chemin de croix. Ca en fera certainement marrer plus d'un ici qui s'enquillent l'UTMB tous les ans comme une routine annuelle, mais pour un amateur comme moi c'est l'épreuve de l'année. Et je pense que je ne la referai plus seul ni dans ces conditions là...

 

Bref, ensuite la douche. Je suis désolé hein mais j'y ai passé 30min. Rainafout'.

Et le repas derrière avec une bonne bière fraiche. Envie de dégueuler donc j'ai pas mangé grand chose mais ça faisait du bien quand même. Et puis j'ai patienté en m'occupant comme j'ai pu jusqu'à mon vol de retour le soir à 20h15. En fait je suis resté avachi à ma table de repas pendant plus de 2h30 sans y toucher, j'avais trop la flemme de me relever pour aller glander à l'aéroport. Mais j'ai fini par décoller vers 16h ou 16h30 de là par l'envie de pisser tout simplement, alors j'en ai profité pour appeler un Uber.

Echangé mon expérience avec un type et toute sa famille en attendant l'embarquement sur un canapé dans un café et hoop, dans l'avion.

Ma chérie m'a récupérée à Nantes et on est arrivés à la maison à 00h00 en pleine crise de grelottement, je me suis mis au lit, réchauffé, et je suis tombé dans les bras de Morphée avant même d'avoir fermé les rideaux...

20 commentaires

Commentaire de Benman posté le 02-12-2019 à 21:15:13

Il est top et sincère ton récit, Julio, à ton image je pense. C'était moi le vendeur de la boutique du Flore, spécialiste en placement de produit -ou pas-, et je suis bien content d'avoir fait ta connaissance.
Plus personne ne pourra jamais laisser entendre que t'es un bleu ou quoi que ce soit, car après t'être enfilé les 2 dernières éditions de la STL comme tu viens de le faire, et le tout en serrant les dents, ben moi je dis chapeau bas monsieur.
En plus de ça, tu réalises une sacré progression depuis l'année dernière, tu racontes ça bien, tu partages, bref, super!
Je te souhaite de continuer à t'éclater en course à pieds et découvrir plein de nouveaux trucs, des belles courses, et faire plein de belles rencontres grâce à Kikourou, comme nous avons expérimenté un peu tous depuis nos débuts.

Commentaire de JulioK1 posté le 03-12-2019 à 11:24:53

Ah ben voilà j'avais pas retenu le pseudo ^^
Content d'avoir fait ta connaissance aussi !
Je reviendrai sur la SaintéLyon, mais pas l'an prochain, et pas tout seul c'est tout ;)

Au plaisir de vous revoir tous, c'était sympa de rencontrer les gens du forum.

Commentaire de Sony5478 posté le 02-12-2019 à 21:42:03

Bravo. Superbe récit. Je me suis reconnu dans pas mal de passages. Et j'ai bien rigolé sur la partie chute dans le Smecta bien liquide :), c'etait exactement ça.

Commentaire de BouBou27 posté le 02-12-2019 à 21:47:05

Bravo Julio. Nous avons vécu la même course ou presque.
Et moi aussi pour la seconde fois après celle de l'année dernière ! C'est toi ou c'est moi qui sommes maudit ?
Il fallait être fort pour ne pas abandonner.

Commentaire de Sony5478 posté le 02-12-2019 à 21:48:55

C'est marrant, moi aussi c'était la seconde STL après celle de l'année dernière. On verra l'année prochaine si c'est mieux, Julio ne la fait pas a priori :)

Commentaire de JulioK1 posté le 03-12-2019 à 11:26:53

Ben voilà ça vous donnera une bonne base. L'an prochain s'il ne pleut pas c'est que c'est moi qui porte la chkoumoune ^^

Commentaire de Twi posté le 03-12-2019 à 12:02:39

"Peur de manquer d'eau..." Ouarf ! Avec ce qu'on a pris sur la tronche !
Bravo à toi, on en a tous chié pareil à ce que je vois.

Commentaire de Tof01 posté le 03-12-2019 à 16:16:11

Extra ton récit Julio: Déjà « ma chérie » et moi sommes bien contents d’avoir fait la rencontre d’un chic type. Ton récit résume, je pense le ressenti d’ une grosse partie du peloton. On a bien essayé de te retrouver sur le départ, mais ton oublie de téléphone au Flore en a décidé autrement. Bravo d’avoir rempli ton objectif. Claude (ma moitié) digère doucement d’avoir jeté l’Éponge à Soucieux. Mais le froid a eu raison d’elle, dommage on était pile poil dans l’objectif temps. On se console en se disant que pour nous c’Est zéro courbature du coup. Avec tout ça, je suis à peu près sûr de rempiler l’année prochaine !! Et qui c’est , au plaisir de se croiser quelques part sur une ligne de départ.

Commentaire de JulioK1 posté le 04-12-2019 à 17:40:26

C'était cool de faire votre connaissance en tout cas. En espérant vous recroiser sur une autre édition. Cependant sans vos ponchos bleu et rose, ça voudrait dire que ça s'annonce mal ^^
Pas l'an prochain pour moi non. Sinon ça voudra dire que je suis vraiment devenu timbré

Commentaire de la buse de Noyarey posté le 03-12-2019 à 18:06:16

Des editions sympa , j'en ai fait plein mais c'était plutot dans les années 90 mais si ça se trouve , tu n'étais meme pas né . En ce temps la monsieur , tu avais besoin d'allumer ta frontale , tu jardinais une fois sur 2 car le balisage n'était pas toujours visible mais c'était l'aventure .En plus , tu n'avais pas a attendre 15 plombes sous l'arche , tu arrivais au ravito y'avait personne et les mecs moins rapides te laissaient passer. J'y suis retourné y'a 4 ou 5 ans et ça m'a vacciné .Y'a vraiment trop de monde , et pour ce qui est de l'aventure , on repassera , il suffit de suivre les autres .si tu n'es pas dans les meilleurs , tu n'es jamais seul.
Mais bon , tout ça n'enléve rien a ton mérite d'avoir fini la course dans ces conditions.
Faut une grosse caisse et un sacré moral.
Bravo a toi.

Commentaire de wakayama posté le 03-12-2019 à 18:10:26

Bravo ! Belle course et très bon récit.

Commentaire de Arclz73 posté le 03-12-2019 à 23:26:30

Merci pour ce magnifique récit Julio. On ressent presque (car je suis sur que en vrai c'est inimaginable) la souffrance non-stop de ton édition.
NEn te lisant je réalise que avoir quelqu'un qui nous attend à l'arrivée est un apport de motivation incroyable en fait. Ou alors quelqu'un qui ne croit pas en nous, et a qui on va prouver le contraire . En tout cas, bravo de ne rien avoir laché mec.

Commentaire de JulioK1 posté le 04-12-2019 à 17:42:14

C'est peut-être pas si pesant pour tout le monde mais moi perso ça m'a pesé lourd ouai. Surement ma faible expérience aussi... J'imagine que ça se gère...

Commentaire de la buse de Noyarey posté le 04-12-2019 à 09:52:53

Des editions sympa , j'en ai fait plein mais c'était plutot dans les années 90 mais si ça se trouve , tu n'étais meme pas né . En ce temps la monsieur , tu avais besoin d'allumer ta frontale , tu jardinais une fois sur 2 car le balisage n'était pas toujours visible mais c'était l'aventure .En plus , tu n'avais pas a attendre 15 plombes sous l'arche , tu arrivais au ravito y'avait personne et les mecs moins rapides te laissaient passer. J'y suis retourné y'a 4 ou 5 ans et ça m'a vacciné .Y'a vraiment trop de monde , et pour ce qui est de l'aventure , on repassera , il suffit de suivre les autres .si tu n'es pas dans les meilleurs , tu n'es jamais seul.
Mais bon , tout ça n'enléve rien a ton mérite d'avoir fini la course dans ces conditions.
Faut une grosse caisse et un sacré moral.
Bravo a toi.

Commentaire de Arclusaz posté le 04-12-2019 à 14:19:18

Il dégouline de sincérité ce récit ! bravo pour ta perf, une sacrée amélioration. Tu n'as pas fini de nous surprendre....

Commentaire de JulioK1 posté le 04-12-2019 à 17:42:33

J'y compte bien... ^^

Commentaire de Mazouth posté le 08-12-2019 à 02:08:21

Quelle aventure et quel mental ! Et il en faut pour finir une telle édition de la STL après avoir traversé la France tout seul. Quand tu m'as donné ton ressenti à chaud sur le pont je me suis dit que tu avais une sacrée niaque et que tu avais bien mérité cette victoire. Finir avant midi c'en est une belle ! Tu peux brûler ton calecon pour fêter ça ^^

Commentaire de JulioK1 posté le 09-12-2019 à 14:11:54

Merci Mazouth, et ravi de t'avoir rencontré ;)

Commentaire de johan laurent posté le 11-01-2020 à 08:24:44

bien content d'avoir lu ton récit. T'es un warrior. Et c'est vrai que tomber sur 2 éditions comme celles-là, pas cool. Même si j'ai entendu dire que le verglas c'et sympa aussi :)
Dis, tu mets de l'antifrottement?

Commentaire de JulioK1 posté le 11-01-2020 à 10:23:08

Maintenant j'en mettrai :)

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