par JM-17 » 25 Août 2020, 15:08
Bonjour tout le monde,
Félicitations les kikous pour l'animation du live, toujours un plaisir à suivre, surtout après coup pour une course que l'on a faite. Merci a posteriori pour vos messages sur ma fin de parcours !
Voici un bref retour de ma course, retour un peu tardif car j'ai dû rentrer vite pour reprendre le boulot, tout ça après avoir traversé la France pour rejoindre La Rochelle... bref, on n'a pas toujours une vie facile, mais on le veut bien.
1ère impression sur l'Intégrale de l'Echappée Belle : certainement la course la plus difficile qu'il m'a été donné de faire, et j'ai terminé, limite, mais terminé quand même, donc je suis forcément content, voire plus.
La course est magnifique par son parcours technique et varié et ses paysages grandioses. Belledonne, une découverte pour moi. J'y reviendrai, c'est certain, pour du trail, de la rando, des ballades en famille...
La course se démarque également par la qualité de son organisation. Chapeau pour le protocole sanitaire, qui me faisait un peu peur avant le départ et qui s'est avéré plutôt léger et bien huilé à mettre en oeuvre. J'ai aussi été très impressionné par tous les points de contrôle et la prise en charge des questions de sécurité. On a affaire à des "pros" de la montagne, même si nombreux sont finalement des bénévoles. Et justement, la course est très attachante par l'accueil et le dévouement des bénévoles. Je ne sais pas si c'est propre à certaines micro régions qui ont su rester authentiques (j'avais déjà vu ça dans le Beaufortain), mais les gens sont super sympa. Un état d'esprit très positif. Ça aide dans les moments difficiles, surtout que j'étais seul et sans assistance.
Pour le déroulement de la course, les choses se sont passées tranquillement... Je partais seulement avec l'objectif de me faire plaisir, sans ambition particulière, si ce n'est d'essayer de terminer. Après un hiver et un printemps compliqués (nombreux bobos), je ne me suis pratiquement pas entraîné, si ce n'est un peu de rando fin juillet / début août dans les Pyrénées (dont certains coins ressemblent à Belledonne, pour les lacs et les cailloux).
Je partais donc en mode rando, mais en même temps sur ce parcours, difficile de faire autrement. J'abordais le départ sans stress, dans la vague 5 qui correspond à mon profil de coureur des plaines (doucement mais sûrement).
A partir du Pra, comme je pouvais m'y attendre (j'ai souvent du mal avec la chaleur), je commençais à avoir un coup de chaud, difficile de m'alimenter, même en liquide. Alors, même si je n'allais pas très vite, j'ai levé le pied. La montée au Pra puis surtout à la Croix de Belledonne a été longue et fastidieuse. La descente vers Jean Collet a été un peu mieux, mais je voyais ma moyenne horaire bien plus basse que je l'avais imaginée avant la course. Je ne pouvais donc pas suivre ma stratégie habituelle sur les ultras, qui consiste à me mettre assez vite à l'abri des BH et gérer par la suite. J'étais donc déjà en danger après seulement un quart de la course. Mais comme je n'étais pas particulièrement stressé, j'ai pris ça comme une donnée objective, qui ne m'a pas mis le mental à l'envers. Maintenant, il fallait gérer étape par étape, et on verrait bien. Sans oublier de lever les yeux pour profiter de ce cadre grandiose.
J'ai géré le tronçon vers Habert Aigubelle comme j'ai pu. Pas trop de souvenir en fait, si ce n'est l'hélico qui venait chercher des coureurs défaillants. D'ailleurs ça m'a boosté pour ne par arrêter. Au ravito, je constate qu'il ne reste pas grand monde derrière moi. Alors je me mets un coup de pied au c... pour repartir rapidement. La montée vers l'Aigleton et la Vache se passe pas trop mal. Par contre je souffre dans la descente de la Vache de nuit. Je chute plusieurs fois, dont une fois assez sérieusement et je casse même un bâton ! La descente est interminable. J'arrive à la base de vie rincé. Je me change, mais je mange difficilement (presque pas touché au plat de pâtes). Je repars en mode "faut bien y aller mais qu'est-ce que je fais là". Alors que c'est roulant, j'y vais doucement et perd encore du temps, mais je n'ai pas envie de me mettre la pression. Je me fais rattraper par les 1ers du 87 en bas de la montée de Valloire, puis je laisse passer des centaines de coureurs dans l'ascension, moment pas très drôle à vivre, même si je reçois de nombreux encouragements des collègues du 87 (ça me touche, je suis né à Limoges !).
Le jour se lève, brouillard, un peu de pluie. Ça fait plutôt du bien. Et surtout je me gave de myrtilles avant la descente. C'est bon pour le moral.
Arrivé à Gleysin, je me retrouve dans la foule des coureurs et accompagnants du 87 : toutes ses adorables accompagnatrices qui prenent soins de leurs formidables amis / copains / maris... Ça m'a rappelé que j'étais seul, alors je suis parti.
J'ai souffert dans le Morétan, il se mérite celui-là. J'ai adoré l'ambiance mise par les bénévoles au col. Ils nous gueulaient dessus parce qu'on avançait pas assez vite. Mine de rien, ça m'a aidé. Arrivé au sommet, on nous dit que les BH sont décalées d'une heure. Cette bonne nouvelle m'a remis dans le droit chemin et j'ai fait une belle descente vers Périoule (avec la partie ludique sur le névé, c'est-à-dire sur le cul). Super ravito, je me suis fait quelques plaisirs avec des chamallows et un gateau maison au chocolat.
Alors que je pensais que l'étape suivante allait être une formalité, j'en ai bavé dans la montée Pierre du Carré. Il faut dire que, non seulement je ne connaissais par le parcours (pas de reconnaissance), mais je ne l'avais pas étudié plus que ça. Donc je découvrais étape par étape, avec des surprises (par toujours bienvenues).
J'arrive à Super Collet avec à peine plus de 30 minutes pour profiter de la BV... je me change, fais un petit soin des pieds, grignote à peine et repars avec les derniers. Mais là je me dis que ça peut le faire, je sais que sauf défaillance ou gros pépin je peux aller au bout. Cepedant je me suis un peu trompé, car je pensais que les BH étaient plus détendues sur les 50 derniers km, comme souvent dans les ultras. Alors qu'en fait, ça allait être serré jusqu'à la fin.
En parlant de serré, j'allais justement faire la connaissance des serre-files vers la Passerelle du Bens. Même s'ils étaient très cool (je les ai charriés parce qu'à force de causer ils oubliaient des balises), je me suis dit que je n'allais par faire 40 bornes avec eux et j'ai pris mes distances. Ça m'a fait passer l'envie de me poser pour dormir un peu.
Malgré les efforts fournis dans la montée au Col d'Arpingon, je voyais que ça allait être compliqué d'arriver à une heure raisonnable à Val Pelouse, surtout qu'un coureur m'a dit qu'il faudrait 2 h pour descendre et donc que c'était foutu pour la BH. J'ai refusé cette idée et suis descendu à fond (disons autant que je pouvais), histoire de n'avoir aucun regret. Et je suis arrivé 30 min avant la BH. J'ai pu manger un peu et suis reparti avec les derniers zombies qui traînaient dans le coin.
J'ai plutôt assuré dans la descente vers la source du Gargotton, puis dans la montée vers le col de la Perche, motivant les quelques coureurs que je doublais. Un peu plus compliqué vers le Grand Chat, qui m'a fait un accueil glacial (un bonne brise bien froide au sommet). Le jour me cueille alors que je lutte contre le sommeil et que je commence à avoir des hallucinations (pas trop grave, j'ai l'habitude, mais là j'ai des hallu sonores, j'entendais des voix).
Finalement, le jour me redonne la pêche et je descend vite. Et je me dis que je vais arriver avec une avance confortable au Pontet (1h ?). Mais c'était sans compter sur ma bonne étoile (ne jamais me suivre quand je choisis une file d'attente, vous pouvez être sûr que ça va être la plus lente), je réussis à me perdre en bas de la forêt. Je suis avec un coureur, à qui un bénévole a dit de continuer sur la route goudronnée. Même si je m'étonne de l'absence de balise, il me rassure en disant qu'on n'en met pas sur une route tant qu'on reste dessus. Et comme le cerveau a des capacités d'analyse très faible dans ses moments là, je ne dis rien. Résultat, on se retrouve au Bourget en Huile (c'est quoi ce nom ?!). Le temps de comprendre le problème, d'essayer de trouver une solution (dans ces cas là, la somme de 2 demi cerveaux fait bien moins qu'un cerveau, tant on peut partager les doutes et les incertitudes), de contacter le PC Course (qui ne comprenait pas où on était). Bref on perd au moins 45 min, on fait bien 3 km en plus (en courant) et on arrive tant bien que mal au ravito alors que les serre-fils ont déjà débalisé le parcours. Pour ne rien cacher, je suis un peu énervé en arrivant à Pontet quelques minutes avant la BH, et ça se voit. Cf. commentaire de Jano, désolé... je me voyais mal renoncer si près du but pour une erreur de débutant.
Et ça repars pour le dernier tronçon. On me dit qu'il faut au moins 3h30 voir 4h, ce qui fait une arrivée potentielle vers 13h. Alors je mets les bouchées doubles en partant, mais le manque de sommeil m'a vite rattrapé. J'ai à nouveau des hallucinations, des micro endormissements. Je me concentre pour ne pas tituber. Pas facile, mais je parviens au sommet et je commence à sortir de ma torpeur. Et je commence à me dire que je peux aller plus vite. Accélération progressive de l'allure dans la descente. A 11h45, il reste plus de 3 km. Alors je fonce, j'avale le bitume à un rythme d'enfer, faut dire que je n'avais pas beaucoup couru jusque là !
Je fais une entrée remarquée sur l'aire d'arrivée, ligne franchie à 11h58, encouragé puis ovationné par le public. Jamais vécu une telle arrivée. Super souvenir. Très fier d'avoir trouvé la motivation pour finir dans les temps.
Sinon, je reviendrai, c'est sûr. Mais en prenant la peine de m'entrainer un peu plus. D'ici là, je vais avoir le temps d'étudier le parcours de plus près (maintenant que je l'ai fait je vais pouvoir mettre des images sur les noms des lieux).
Oups, je crois que j'ai été un peu long...